Maladies chroniques de l'intestin : Différence entre versions

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(Sur quels éléments cliniques évoquer un syndrome de l’intestin irritable ?)
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Le SII ne correspond pas à une entité clinique bien définie mais à un ensemble de causes diverses : altération de la flore, de la motricité et de la perméabilité intestinales, modifications des défenses immunitaires, interactions neuro-végétatives, y compris le statut psycho-social [1].
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Certains symptômes sont caractéristiques. Le diagnostic doit être évoqué chez un patient présentant depuis au moins 6 mois des douleurs ou un inconfort abdominal, soulagé par la défécation ou associé à une modification de la fréquence et de la forme des selles [2,3].
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Pour retenir le diagnostic de SII ces troubles doivent être accompagnés d’au moins deux des quatre symptômes suivants [2,3].
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- Troubles de la défécation (obligation de forcer, urgences, sensations d’exonération incomplète ;
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- Ballonnement abdominal (plus fréquent chez la femme que chez l’homme) avec  modification du transit intestinal ;
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- Aggravation par l’ingestion d’aliments ;
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- Émission de glaires.
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D’autres symptômes tels que léthargie, nausées, dorsalgies, douleurs vésicales, lien avec des facteurs émotionnels sont fréquents et peuvent aider à étayer le diagnostic [1-3]. Environ 20% des patients ayant des problèmes d’incontinence sphinctérienne en parleront mais seulement si la question est posée.
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Les critères de Rome III sont actuellement utilisés comme critères de référence : douleurs ou inconfort au moins 3 jours / mois depuis au moins 6 mois + amélioration par la défécation et/ou modification de la fréquence et/ou de la consistance des selles. Ils définissent 3 sous-groupes compte tenu de l’aspect des selles mieux corrélé que leur fréquence à l’évaluation du transit : SSI avec diarrhée (SSI-D= selles défaites > 25% du temps et selles dures < 25%) plus fréquent chez l’homme, avec constipation (SSI-C = selles dures > 25% et selles molles < 25%) plus fréquent chez la femme, et mixte (SSI-M = selles molles et selles dures > 25%). Ils permettront d’orienter le traitement [4].
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'''La douleur et l’inconfort abdominal sont les symptômes clés. Il est important de préciser leur siège qui peut être n’importe où dans l’abdomen et leurs variations et de rechercher systématiquement des signes d’alarme de pathologie organique justifiant des explorations complémentaires''' [2].
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Références
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[1] [www.revmed.ch/.../RMS_idPAS_D_ISBN_pu2012-33s_sa05_art05.pdf Zisimopoulou S, Guessous I. Syndrome de l’intestin irritable : un diagnostic d’exclusion? Rev Med Suisse 2012 ; 8 : 1821-5].
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[2] [http://www.nice.org.uk/guidance/cg61/resources/guidance-irritable-bowel-syndrome-in-adults-diagnosis-and-management-of-irritable-bowel-syndrome-in-primary-care-pdf National Institute for Health and Care Excellence. Irritable bowel syndrome in adults: diagnosis and management of irritable bowel syndrome in primary care. NICE clinical guideline 61. 2015].
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[3] [http://www.bmj.com/content/350/bmj.h701.long Hookway C, Buckner C, Crosland P, Longson D. Irritable bowel syndrome in adults in primary care: summary of updated NICE guidance. BMJ. 2015;350:h701. doi: 10.1136/bmj.h701].
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[4] [http://jama.jamanetwork.com/article.aspx?articleid=2174034 Chey WD, Kurlander J, Eswaran S. Irritable Bowel Syndrome. A Clinical Review. JAMA. 2015;313(9):949-958. doi:10.1001/jama.2015.0954].
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'''Qualité de la preuve''' : niveau 3
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'''Mots clés''': Syndrome du colon irritable – diagnostic  [Irritable bowel syndrome – diagnosis].

Version du 8 août 2015 à 16:52

Syndrome de l’intestin irritable

Quels sont la fréquence et l’impact du syndrome de l’intestin irritable (SII) en termes de santé publique?

Le syndrome de l’intestin irritable est une entité clinique dont la prévalence, la répercussion sur la qualité de vie des individus et les coûts de santé générés sont importants.

Le syndrome de l’intestin irritable est un trouble gastro-intestinal chronique dont la prévalence est estimée en Europe et Amérique du Nord entre 10 et 15% [1] et l’incidence mondiale entre 196 et 260 pour 100 000 personnes / an [2]. Il concerne le plus souvent des adultes entre 20 et 30 ans, deux fois plus souvent les hommes que les femmes. Les études récentes indiquent qu’il y a également une prévalence significative chez les personnes âgées [3].

Le SII a des répercussions importantes sur la qualité de vie des patients influençant le fonctionnement social, la qualité du sommeil, les capacités relationnelles.

Comparativement à la population générale il est plus souvent associé à des troubles dépressifs (30% vs 18%) ou anxieux (16% vs 6%) ; les patients se plaignant de SSI consultent leur médecin plus souvent (1,6 consultation/3 mois versus 0,8), consomment plus de médicaments (69% des patients consomment des médicaments pour des symptômes liés au SII) et s’absentent du travail plus souvent (5,5 jours/an versus 3,1) [4,5].

La majorité des consultations pour SII se font en soins de premiers recours (77% vs 43% en gastroentérologie). Aux USA le SII est responsable de plus de 3 millions de consultations ambulatoires annuelles et 5,9 millions de prescriptions pour un coût total de 20 milliards de dollars.

Références:

[1] Hookway C, Buckner C, Crosland P, Longson D. Irritable bowel syndrome in adults in primary care: summary of updated NICE guidance. BMJ. 2015;350:h701. doi: 10.1136/bmj.h701.

[2] El Sahly M. Irritable bowel syndrome: Diagnosis and pathogenesis. World J Gastroenterol 2012 ;18(37) :5151-63.

[3] National Institute for Health and Care Excellence. Irritable bowel syndrome in adults: diagnosis and management of irritable bowel syndrome in primary care. NICE clinical guideline 61. 2015.

[4] Syndrome de l’intestin irritable : un diagnostic d’exclusion? Rev Med Suisse 2012 ; 8 : 1821-5.

[5] Cash BD, Chey WD. Review article: irritable bowel syndrome – an evidence-based approach to diagnosis. Aliment Pharmacol Ther 2004; 19: 1235–45.

Qualité de la preuve: niveau 2.

Mots clés : Syndrome du colon irritable – épidémiologie [Irritable bowel syndrome – epidemiology].

Sur quels éléments cliniques évoquer un syndrome de l’intestin irritable ?

Le SII répond à un modèle multifactoriel et la première difficulté est d’établir un profil symptomatique du patient.

Modele

Le SII ne correspond pas à une entité clinique bien définie mais à un ensemble de causes diverses : altération de la flore, de la motricité et de la perméabilité intestinales, modifications des défenses immunitaires, interactions neuro-végétatives, y compris le statut psycho-social [1].

Certains symptômes sont caractéristiques. Le diagnostic doit être évoqué chez un patient présentant depuis au moins 6 mois des douleurs ou un inconfort abdominal, soulagé par la défécation ou associé à une modification de la fréquence et de la forme des selles [2,3].

Pour retenir le diagnostic de SII ces troubles doivent être accompagnés d’au moins deux des quatre symptômes suivants [2,3].

- Troubles de la défécation (obligation de forcer, urgences, sensations d’exonération incomplète ;

- Ballonnement abdominal (plus fréquent chez la femme que chez l’homme) avec modification du transit intestinal ;

- Aggravation par l’ingestion d’aliments ;

- Émission de glaires.

D’autres symptômes tels que léthargie, nausées, dorsalgies, douleurs vésicales, lien avec des facteurs émotionnels sont fréquents et peuvent aider à étayer le diagnostic [1-3]. Environ 20% des patients ayant des problèmes d’incontinence sphinctérienne en parleront mais seulement si la question est posée.

Les critères de Rome III sont actuellement utilisés comme critères de référence : douleurs ou inconfort au moins 3 jours / mois depuis au moins 6 mois + amélioration par la défécation et/ou modification de la fréquence et/ou de la consistance des selles. Ils définissent 3 sous-groupes compte tenu de l’aspect des selles mieux corrélé que leur fréquence à l’évaluation du transit : SSI avec diarrhée (SSI-D= selles défaites > 25% du temps et selles dures < 25%) plus fréquent chez l’homme, avec constipation (SSI-C = selles dures > 25% et selles molles < 25%) plus fréquent chez la femme, et mixte (SSI-M = selles molles et selles dures > 25%). Ils permettront d’orienter le traitement [4].

La douleur et l’inconfort abdominal sont les symptômes clés. Il est important de préciser leur siège qui peut être n’importe où dans l’abdomen et leurs variations et de rechercher systématiquement des signes d’alarme de pathologie organique justifiant des explorations complémentaires [2].

Références

[1] [www.revmed.ch/.../RMS_idPAS_D_ISBN_pu2012-33s_sa05_art05.pdf Zisimopoulou S, Guessous I. Syndrome de l’intestin irritable : un diagnostic d’exclusion? Rev Med Suisse 2012 ; 8 : 1821-5].

[2] National Institute for Health and Care Excellence. Irritable bowel syndrome in adults: diagnosis and management of irritable bowel syndrome in primary care. NICE clinical guideline 61. 2015.

[3] Hookway C, Buckner C, Crosland P, Longson D. Irritable bowel syndrome in adults in primary care: summary of updated NICE guidance. BMJ. 2015;350:h701. doi: 10.1136/bmj.h701.

[4] Chey WD, Kurlander J, Eswaran S. Irritable Bowel Syndrome. A Clinical Review. JAMA. 2015;313(9):949-958. doi:10.1001/jama.2015.0954.

Qualité de la preuve : niveau 3

Mots clés: Syndrome du colon irritable – diagnostic [Irritable bowel syndrome – diagnosis].