PARTENARIATS - PRESENTATION - LE BUREAU - LA CHARTE DE QUALITE Retour à l'accueil


RAPPORT MORAL

ASSEMBLEE GENERALE de l'UNAFORMEC

16 Juin 2001

 

 

UN CONTEXTE

A quelques jours du centenaire de la loi de juillet 1901 créant les associations dites ‘loi 1901’, il me plait de vous rappeler que l’UnaformeC est une fédération associative dont les statuts sont conformes à cette loi.

L’UnaformeC a été créée en 1978 pour développer la formation permanente des médecins, en particulier celle des généralistes, et pour structurer le tissu associatif médical consacré à la formation, par la mise en place de formations de formateurs, et la diffusion de méthodes pédagogiques adaptées aux adultes.

Près de 25 ans après, quel bilan pouvons-nous dresser ?

Le monde associatif médical français est bien vivant, et fait même l’admiration de nombreux pays étrangers ; par ailleurs, pratiquement tous les médecins engagés dans la profession dans différentes structures reconnaissent bien volontiers être passés un jour ou l’autre dans un séminaire UnaformeC et en avoir tiré le plus grand bénéfice. Beaucoup de notions devenues collectives, comme les quatre critères de qualité d’une action de FMC (qualité scientifique, qualité pédagogique, pertinence et indépendance), ont été conçues au sein de l’UnaformeC.

Pourtant, en 25 ans, bien des choses ont changé :

-        le nécessaire accompagnement pédagogique des nouveaux adhérents est le plus souvent pris en charge directement par nos fédérations régionales ; de même que l’élaboration de dossiers de FMC de grande qualité, ce qui est une réussite ;

-        les attentes individuelles ont beaucoup évolué, s’approchant plus d’une démarche de développement personnel que du militantisme associatif originel ;

-        quant à la profession, sa démotivation générale est manifeste, et liée, pour notre domaine, en grande partie aux aléas du dossier FMC depuis 10 ans (FMC conventionnelle erratique, loi et décrets d’application non respectés depuis des années, nouveau projet de loi non présenté aux députés, et sans cesse reporté sous des prétextes futiles !).

Dans ce contexte peu favorable, le corps médical a également du affronter des difficultés financières certaines, une perte de statut social et surtout une déconsidération générale s’appuyant sur des thèses économistes discutables, faisant porter sur ses épaules l’essentiel de la responsabilité du soi-disant déséquilibre financier chronique de notre système de santé.

Par ailleurs, les industriels du médicament mettent régulièrement à disposition du corps médical de nouvelles molécules dont il est bien difficile de savoir quelle est l’utilité réelle pour nos patients ; vous savez combien les décisions prises par les commissions d’AMM et de tranparence sont fréquemment remises en cause. On peut regretter le prix élevé de ces nouvelles molécules, ce qui les rend difficilement accessibles aux pays pauvres. Toutefois, cela ne justifie pas la diabolisation sans nuance de l’industrie pharmaceutique qui « ose gagner de l’argent sur la maladie et manipule tous les scientifiques et les prescripteurs », et la montée en puissance du lobbying  des « usagers de santé » dont l’illustration parfaite est la décision récente d’autoriser la distribution de copies des anti-viraux avant la fin de validité habituelle des brevets.

Dans le même temps, un numerus clausus frileux et étriqué n’a pas su anticiper les problèmes actuels et futurs de la démographie professionnelle. La diminution drastique des effectifs, et la féminisation simultanée des étudiants en médecine, a inversé le problème : manque de professionnels de santé, entraînant une surcharge progressive de travail à l’époque de la mise en place généralisée des 35 heures, et appel à des professionnels étrangers.

Par ailleurs, dans un soucis légitime d’amélioration de la qualité des soins, nous avons vu se développer, avec notre soutien initial, les conférences de consensus, puis les recommandations de bonne pratique, la récupération maladroite par les caisses d’assurance – maladie à travers les RMO, enfin diverses contraintes avec l’arrivée des génériques et du droit de substitution.

Chacun a donc pu constater combien le paysage professionnel a évolué en moins de 10 ans : j’exerce comme vous tous dans un monde qui est aux antipodes de ce que j’ai pu apprendre à la faculté de médecine, et peu d’endroits m’ont réellement préparé à subir ce choc ; et encore, je n’ai pas évoqué l’informatisation, la télétransmission des feuilles de soins, les ordonnanciers bi-zones, les ordonnances sécurisées, etc.

Nous avons changé de siècle récemment, mais nous avons également changé de métier et de contexte professionnel : la perplexité de nombreux confrères est tout à fait compréhensible, et notre structure se doit d’apporter des éléments de réponses et d’adaptation à tous, comme elle a su le faire depuis près de 25 ans. C’est cela aussi la formation continue.

Ces différents éléments doivent nous permettre de réfléchir quant aux orientations futures de notre union nationale :

-        comment concilier les attentes des individus et le militantisme associatif ?

-        comment structurer la FMC dans les 10 ans à venir en prenant en compte le manque de temps disponible, la féminisation, et l’arrivée potentielle de professionnels étrangers ?

-        comment aider nos confrères à faire face aux exigences grandissantes de nos concitoyens et de nos dirigeants ?

-        comment évoluer aisément dans un système de santé en profonde mutation ?

 

DES ACTES

Nous avons déjà commencé à répondre à ces différents éléments l’année passée :

1)     Conscients de la difficulté grandissante de réunir des médecins sur le terrain, nous avons privilégié les formations individuelles par correspondance, la production de nombreux documents écrits, l’implication dans la revue Pratiques Médicales et Thérapeutiques, et notre site Internet.

2)     Pour aider le médecin à mieux cerner ses besoins individuels, nous avons continué à développer les BPP pour les généralistes, commencé leur transposition informatique sur Palm Pilot et leur adaptation pour les rhumatologues et les pédiatres, grâce à une bourse du FAF PM. Leur reconnaissance par la profession et les institutions est en cours : ils seront une nouvelle fois officiellement présentés à de nombreux responsables lors d’un colloque consacré aux outils d’évaluation de la compétence, organisé en septembre prochain avec MG Form et le CNGE.

3)     Suite aux décisions d’un précédent Conseil d’Administration, nous avons créé une société savante au début de cette année, afin d’affirmer notre rôle actif dans la production de documents scientifiques de médecine générale, et par là même nous permettre de participer activement aux travaux de l’ANAES, de l’AFSSAPS, de la DGS et de l’INSERM.

4)     Convaincu de l’importance majeure du monde associatif dans l’amélioration des pratiques, et pour répondre efficacement à une demande fréquente des tutelles, démentir les rumeurs désobligeantes répandues sur notre réseau, nous avons développé depuis 18 mois la mise au point d’une démarche d’assurance qualité en FMC, qui doit être facilement applicable par toutes les associations locales, afin d’affirmer la qualité de leurs prestations sur le terrain. De plus, pour assurer la visibilité des activités du réseau, nous avons créé le congrès annuel de la FMC associative, qui permet une médiatisation nationale lors de sa réalisation, une diffusion par écrit dans le livre des abstracts, et le développement d’un échange spontané entre les participants, acteurs de terrain.

5)     Suite à une autre décision du Conseil d’Administration, nous avons su adapter le mode de gestion administrative de notre structure nationale, en fonction de l’évolution des textes actuels (association sans but lucratif assujettie aux impôts commerciaux).

6)     Ces derniers mois, nous avons décidé d’améliorer de façon notable les moyens consacrés au centre de documentation, originalité de notre structure : il demeure le seul centre de documentation en médecine générale existant en France, et de plus en plus de demandeurs viennent le consulter pour leurs travaux (organisateurs de FMC, enseignants, étudiants préparant leurs thèses, mais aussi chercheurs de diverses origines). Cette dimension est tellement spécifique à l’UnaformeC qu’il est envisageable que les pouvoirs publics décident prochainement de le soutenir financièrement.

7)     Enfin, conscients de la place grandissante et active des patients dans le système de santé, nous nous sommes impliqués dans les réflexions du groupe ‘Réforme & Santé’, et rapprochés du Collectif Inter associatif Sur la Santé (CISS) qui regroupe près de 25 associations d’usagers de santé ; dans le même but, une réflexion avec des centres étrangers impliqués dans le développement de l’éducation à la santé a été entamée.

 

DES PERSPECTIVES

En conclusion, je crois pouvoir affirmer que l’UnaformeC reste une structure clé pour la profession, qui remplit des missions complémentaires aux autres institutions professionnelles (syndicales, ordinales, universitaires) ; il est d’ailleurs nécessaire de rappeler notre conviction profonde : le quadripartisme reste la meilleure solution à bien des problèmes de la profession. Après des années difficiles, nous avons su nous adapter au monde actuel avec succès. Il reste du chemin à faire, à nous de faire en sorte que ce soit dans la bonne direction.

Les points à développer me semblent être les suivants :

-        répandre la démarche qualité dans le monde associatif ;

-        développer encore plus le sens critique du médecin pour l’aider à trier parmi les multiples sources d’informations, et le rendre moins influençable ;

-        aider chacun à se poser les bonnes questions, et à identifier les réponses validées ;

-        développer les stratégies d’appropriation des recommandations de bonne pratique par la profession, et permettre à chacun de justifier ses choix, en cas de divergence avec ces recommandations;

-        permettre au professionnel de sécuriser sa pratique, lui donner les outils pour se défendre dans un monde de plus en plus exigeant, et lui apprendre à travailler en confiance avec les autres ;

-        apprendre à maîtriser plus efficacement l’information directe dont bénéficient les patients ;

-        amener la profession à s’impliquer collectivement et activement dans l’éducation à la santé ;

-        enfin, préserver le plaisir de l’exercice médical, en restaurant le climat de confiance avec les patients quand c’est nécessaire.

En résumé, nous devons continuer à développer un ensemble de démarches cohérentes, qui donneront à court terme à chaque médecin les atouts lui permettant d’évoluer librement, lucidement et efficacement dans un monde de contraintes. Il s’agit d’en faire un médecin libre de par ses compétences et son adaptation au monde d’aujourd’hui, et ainsi de favoriser la délivrance de soins de qualité.

Philippe BONET Juin 2001