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Quel avenir pour le mouvement associatif en FMC ?
Philippe BONET, Eric DRAHI
Le mouvement associatif de F.M.C. : une vieille nouveauté.
Le mouvement associatif de la Formation continue des médecins est né
dans les années 1960-1970. Des pionniers comme Guy SCHARF, Pierre AGEORGES,
Pierre GALLOIS et Albert HERCECK ont contribué à structurer ce
mouvement, dans un premier temps autour de deux associations, le GOFIMEC et
lASFORMED. Ces deux structures se sont regroupées en 1978 pour
créer lUNAFORMEC. Madame Simone WEIL, Ministre de la Santé
de cette époque, avait confié à lUNAFORMEC la mission
de développer la formation continue des médecins libéraux
sous une forme associative .
Depuis ses débuts, le mouvement associatif a été un moteur
de lévolution de la profession : cest avec lui que sont nés
les premiers cabinets de groupe, que la F.M.C. des médecins généralistes
sest généralisée, et des structures, comme les hôpitaux
ruraux et les hôpitaux locaux se sont créés et maintenus,
notamment autour dassociations de F.M.C.
Cest le mouvement associatif de F.M.C., notamment avec lUNAFORMEC,
qui a introduit dans le milieu médical la formation par objectifs, la
pédagogie dadulte, qui a créé des écoles de
F.M.C. et de F.M.I...
Cest également le mouvement associatif de F.M.C., encore une fois
avec lUNAFORMEC, qui a créé avec lUniversité
les Conseils Régionaux de F.M.C.
Lensemble de cette structuration de la profession médicale a été
rendu possible par lindépendance de ce mouvement et son absence
de préoccupation ou tout au moins de responsabilité corporative.
Les associations ont su maintenir cette indépendance tant au niveau des
financeurs, en multipliant les sources de financement privées et institutionnelles,
quau niveau intellectuel et scientifique, en centrant leur fonctionnement
autour des besoins de formation de leurs membres.
... suite de la première
page
Le système de santé : une modernisation en cours
Il est commun de dire quau début de lannée 2000, le
système de distribution de soins français est en mutation . Sous
le poids de contraintes économiques, les relations des médecins,
des caisses dassurance maladie et de létat se modifient.
Nous aborderons ici quelques aspects de cette mutation, dont limpact sur
la formation continue est considérable.
Dun système entièrement libéral dans lequel les médecins
de ville pouvaient prescrire sans aucune contrainte examens complémentaires,
actes techniques et médicaments, la logique comptable encadre maintenant
la progression des dépenses de santé .
Lhôpital a été atteint le premier dans les années
1980 avec la mise en place de lenveloppe globale et du PMSI, et la médecine
de ville a été touchée à son tour en 1994 par la
mise en place des Références médicales opposables (RMO).
Ces RMO ont été la première généralisation
aux médecins de ville de notions issues de lévaluation :
- évaluation des stratégies diagnostiques et thérapeutiques
pour lélaboration de ces RMO,
- mais ce qui en a été retenu essentiellement par les médecins
était lévaluation des pratiques par le Contrôle médical
de lAssurance Maladie, dans un objectif de limitation des dépenses
de santé. Pour la première fois, les comportements des médecins
ont été évalués par comparaison avec un référentiel.
Cette évaluation sest voulu celle de comportements déviants
(il est inutile de
) plutôt quune évaluation de lensemble
des pratiques.
Pour diverses raisons, dont des limites dues à la faisabilité
dune telle évaluation sur une grande échelle, peu de médecins
ont été sanctionnés pour des pratiques reconnues comme
inutiles. Cependant, limpact sur les prescriptions a été
réel . Mais les RMO nont pas été la seule voie de
dissémination des référentiels en France, puisque des agences
comme lANAES et lAgence du Médicament élaborent de
nombreux outils, et que plusieurs dizaines de conférences de consensus
se tiennent chaque année en France.
Généralisation des systèmes dinformation et
dinformatisation
La seconde grande réforme du système de santé porte
sur linformatisation des médecins. Comme pour la dissémination
de référentiels, cest par la petite porte négative
de la transmission électronique des feuilles de soins quelle est
en passe dentrer dans les cabinets médicaux. Les Caisses dAssurance
Maladie, par ce dispositif, reportent sur les médecins libéraux
une partie de leurs frais de gestion en déplaçant dans les cabinets
la saisie des éléments nécessaires au remboursement des
assurés. Mais ce que linformatique pourra apporter de positif et
dutile à la pratique médicale a pour nom bases de données,
courrier électronique, transmission des données et dimages,
télémédecine, Formation Assistée par Ordinateur,
Aide au Diagnostic
. Tous ces outils sont techniquement au point. Ils restent
encore peu diffusés. Mais le nombre de médecins qui se connectent
sur Internet est en régulière augmentation (15 % environ des médecins
libéraux français se connectent sur Internet fin décembre
1998) et il est probable que dici quelques années, la communication
électronique sera banalisée et largement utilisée .
La médecine fondée sur les preuves
Dans les années 90, un nouveau paradigme sest imposé
: celui de la médecine fondée sur les preuves. Depuis la fondation
des écoles de médecine, la transmission du savoir sest fait
essentiellement sous une forme orale, que ce soit sous forme de cours ou denseignement
au lit du malade. Il sagissait plus dune transmission dexpérience
de maître à élève, dun compagnonnage que dune
formation à lacquisition de connaissances et à lanalyse
de linformation. La rapide évolution des connaissances médicales,
le développement de lévaluation ont permis de proposer la
communication dune information assortie de la qualité de sa preuve.
La médecine fondée sur les preuves sappuie sur la disponibilité
dune information accessible à la source, et lon comprend
que le développement des bases de données informatisées
ait facilité sa diffusion .
La médecine fondée sur le patient
Après la médecine fondée sur les preuves, la médecine
fondée sur le patient est un autre courant de pensée issu des
États-Unis. Il sagit ici de privilégier le travail du médecin
à partir des connaissances et des représentations de la maladie
par le patient, et de faciliter son autonomie. Cet aspect a de considérables
retombées dans ladaptation à un patient donné des
stratégies issues de lévaluation .
Le paradigme de la justification :
Le développement de recommandations pour la pratique clinique, la
nécessité de dépenser aux mieux les ressources mises à
disposition du système de santé ont entraîné la nécessité
de la justification :
- Justification des stratégies pour les organismes payeurs,
- Justification des résultats pour les usagers du système de santé.
Sans atteindre les excès nord-américains, tout médecin
français doit sattendre à justifier un jour ou lautre
des moyens dépensés, et des moyens mis au service de ses patients.
- Justification des écarts que le médecin peut-être amené
à décider vis-à-vis des données des référentiels
Développement de stratégies partenariales et dissémination
des réseaux de santé
Une autre mutation de la pratique médicale tient au développement
des réseaux. Si au cours des années 1980 les réseaux,
notamment les réseaux ville-hôpital SIDA, se sont rapidement
développés,
cest que ce mode dorganisation de la distribution de soins venait
suppléer à un manque du système traditionnel de soins.
Si les premiers réseaux étaient informels et se sont créés
spontanément pour répondre à des besoins de coordination
des intervenants autour des patients/malades/usagers, les années
90 ont vu linstitutionnalisation des réseaux, notamment
des réseaux
de soins thématisés par pathologie, mais également des
réseaux de santé de proximité centrés sur une
prise en charge médico-sociale de personnes en situation précaire.
La formation est lune des constantes retrouvées dans nombre de
réseaux, à la fois pour former les médecins à des
pratiques techniques dans le domaine curatif, mais également pour développer
des stratégies non prescriptives visant à améliorer lautonomie
des patients et le travail partenarial avec les autres intervenants du système
de santé . Dans ces réseaux, la formation tient une place importante
pour faciliter la cohésion des équipes et améliorer les
pratiques coopératives .
Obligation de formation
Les ordonnances de 1996 sur la sécurité sociale (Ordonnances dites
" Juppé ") ont rendu la F.M.C. des médecins libéraux
obligatoire. Les décrets dapplication de ces ordonnances ont bien
été publiés. Le Conseil National de F.M.C. des médecins
libéraux et le Conseil National des Médecins Hospitaliers ont
été chargés, dans ces textes, de présenter au Ministre
de la Santé des propositions pour mettre en place le contrôle de
cette obligation. Le dossier qui lui a été rendu en janvier 1998
navait pas été suivi de réponse un an plus tard.
Une nouvelle loi sur la F.M.C. est prévue au printemps 1999.
La Formation : un élément majeur du changement
Ces grandes mutations du système de santé ne se font pas sans
difficultés ni réticences au sein du corps médical. La
réglementation et les lois sont sans aucun doute des éléments
majeurs du changement. La formation et linformation sont lautre
élément indispensable pour modifier les pratiques et rendre acceptables
des mutations qui pourraient sans accompagnement être perçues uniquement
comme des contraintes. Mais pour être efficace, toute formation dadulte
doit passer par un processus dappropriation par les intéressés.
Il importe de voir quel type, quelle organisation de formation est la mieux
à même de réaliser cet objectif.
Qui peut être opérateur de formation pour accompagner ces mutations
?
Outre la formation initiale, la formation continue est inscrite dans les missions
de lUniversité. Dans ce dernier champ, elle se positionne avec
ses différents diplômes (Diplômes Universitaires, Diplômes
Interuniversitaires, Diplômes Inter Universitaires et professionnels),
mais elle était présente également dans la FMC conventionnelle,
et, plus récemment, elle sest diversifiée en organisant
des actions plus courtes, sous forme de soirées ou de journées.
Cette formation continue touche à la fois des médecins universitaires,
hospitaliers et libéraux.
Les associations de F.M.C. : sous limpulsion des pionniers de la F.M.C.,
les années 60 et 70 ont été celles du développement
des associations locales. Parfois associations informelles, mais le plus souvent
organisées sous la forme dassociations de type " Loi de 1901
", les associations de F.M.C. se sont fédérées en
2 groupements nationaux, le GOFIMEC et lASFORMED, qui ont fusionné
en 1978 pour créer lUNAFORMEC. À cette époque, les
syndicats médicaux ont confié à lUNAFORMEC la mission
de réaliser la F.M.C., se réservant la formation syndicale. Depuis,
plus de 1200 associations ont été créées et vivent
en 1999, qui réalisent à un niveau très décentralisé
plus dun million dheures de formation.
La F.M.C. conventionnelle : en 1990, la convention médicale a créé
la F.M.C. conventionnelle. Lobjectif de cette F.M.C. était de dépénaliser
la formation des médecins libéraux en indemnisant le temps passé
en formation, et en dotant cette formation de moyens financiers importants (120
millions de Francs par an pour lorganisation) et en centrant cette formation
sur des thèmes jugés comme prioritaires. Les syndicats médicaux
ont alors réactivé leurs associations de formation scientifique
pour être présents sur le terrain de cette F.M.C. financée
par les caisses dassurance maladie. Après 4 années de fonctionnement
un peu chaotique, cette F.M.C. sest enlisée dans des conflits syndicaux,
et nest plus opérationnelle depuis 1997.
Lindustrie pharmaceutique a également sa place dans la F.M.C. quelle
en finance une grande partie. Elle organise des réunions dinformation
pour son propre compte. Une des questions clés de la F.M.C. organisée
ou financée par lIndustrie pharmaceutique (mais cela est également
vrai pour tous les autres financeurs, y compris les caisses dassurance
maladie) est celle de lindépendance . Un chapitre de cet ouvrage
est consacré aux critères de qualité de la F.M.C., et la
notion dindépendance y est largement présentée.
Il existe des opérateurs de F.M.C. privés ou sous la forme dassociations
à but lucratif, qui représentent une part minoritaire de la F.M.C.
des médecins.
La presse est sans doute le moyen dinformation et de formation le plus
diffusé. La présence dun réel comité de lecture,
de tests de lecture sont des critères minimum pour sassurer du
caractère formateur dune revue.
Les Associations de F.M.C. : un acteur essentiel dans la modernisation du
système de santé.
Dans lhistorique et le panorama de la F.M.C. que nous avons dressés,
il nous paraît clair que le système de santé est en mutation.
Cette mutation est encadrée par des dispositifs réglementaires,
mais la formation reste un moteur indispensable de ces changements afin que
les médecins sapproprient de nouvelles pratiques.
Les études anglo-saxonnes sur lefficacité des recommandations
pour modifier les pratiques ont bien montré que lenseignement magistral
était dune efficacité réduite, sinon nulle. Les méthodes
les plus efficaces sont celles qui impliquent régulièrement des
professionnels au niveau de petits groupes en exercice .
Dans ce contexte, la place des associations de F.M.C. nous paraît centrale.
En effet, il sagit dun mode de fonctionnement et de regroupement
des médecins qui a fait ses preuves. En 1996, environ 30 000 médecins
étaient membres dassociations de F.M.C. adhérant à
lUNAFORMEC. Loriginalité de ce mouvement est dêtre
exclusivement au service des médecins pour leur formation continue. Les
associations de F.M.C. ne sont pas un lieu de pouvoir, leur objectif essentiel
est la formation de leurs membres. Il sagit dun espace de liberté
dans lequel médecins généralistes, médecins spécialistes,
souvent hospitaliers et libéraux, mais également dans beaucoup
dassociations dautres professionnels de santé tels que pharmaciens,
infirmières, kinésithérapeutes
se rencontrent. Les
associations sont, pour leur immense majorité, indépendantes des
syndicats, ce qui permet à des professionnels de différentes appartenances
de se retrouver. Dans un contexte déclatement du corps médical,
les associations de F.M.C. restent le seul lieu fédérateur.
La formation dispensée dans les associations est centrée sur les
besoins des professionnels. Les thèmes de lannée sont le
plus souvent déterminés lors de lassemblée générale
annuelle. Dans de nombreuses associations, les actions (des soirées le
plus souvent) sont organisées chacune par des médecins différents.
Cet aspect participatif permet de construire des actions au plus près
des besoins des médecins. La participation dautres professionnels
enrichit encore les thèmes traités.
Parmi les orientations que prennent des associations de F.M.C. depuis quelques
années, trois aspects nous paraissent devoir être mis en exergue
:
- labord médico-social des problèmes de santé
- la médecine centrée sur le patient
- lévaluation des pratiques
1-Labord médico-social des problèmes de santé
Après une longue période qui a privilégié une médecine
technicienne, lintroduction des sciences humaines en formation médicale
initiale et continue est un élément nécessaire pour reconquérir
une dimension humaine et humaniste de la médecine, sans nier les apports
des sciences fondamentales. Les sciences sociales deviennent un objet de formation
nécessaire dans le cadre du développement des réseaux,
notamment des réseaux de proximité de type médico-social.
Ce sont des associations comme Nouvelles Pratiques Sanitaires et Sociales, le
FORGENI, la Fédération UNAFORMEC du Loiret, la SFTG qui ont développé,
notamment pour répondre aux besoins des réseaux, des actions de
formation sadressant par exemple à des médecins et à
des travailleurs sociaux. La place des patients/usagers/habitants dans ces actions
est importante. Nombre de ces actions sinsèrent dans le développement
dactions de santé communautaire.
2- La médecine centrée sur les patients est lun des points
en devenir. Depuis quelques années, pour des pathologies comme lasthme,
lalcoolisme, le diabète, des patients interviennent dans des formations
médicales. Lobjectif de ces interventions est de travailler avec
des patients sur leurs attentes, et sur les moyens de répondre aux mieux
à leurs besoins.
3- Lévaluation des pratiques est un autre enjeu de la formation
continue. Depuis sa naissance, lUNAFORMEC a développé dans
son réseau des formations à laudit des pratiques, à
lévaluation et depuis 1990 à lanalyse critique de
linformation médicale. Laudit médical est maintenant
un outil intégré dans de nombreuses actions de F.M.C. Lanalyse
critique de linformation médicale, sous la forme de clubs de lecture,
est un moyen de formation encore trop peu utilisé. Mais lintégration
de lidentification diversifiée des besoins, recensant besoins de
santé publique, besoins des patients et besoins des médecins est
une voie nécessaire pour notre F.M.C. La multidisciplinarité des
intervenants, la transversalité de labord des différents
thèmes, la prise en compte de la coordination des intervenants dans une
complémentarité sont des enjeux de la profession.Des structures
de proximité
Pour lensemble de ces différents aspects, lorganisation de
la F.M.C. doit être organisée au plus près des médecins,
dune manière décentralisée.
La structure qui organise des actions transversales et interdisciplinaires doit
fédérer des professionnels qui sont en contact professionnel au
quotidien.
La prise en compte des aspects médico-sociaux ne peut sintégrer
que dans des actions très locales, à léchelle dun
quartier ou dun canton, pour améliorer les contacts des différents
acteurs autour des patients/usagers/habitants.
diffuseurs et développeurs des mutations du système de santé
Lintégration dans les pratiques des mutations du système
de santé que nous avons décrit plus haut ne peut se concevoir
que si les différents acteurs à un niveau local peuvent échanger
et avancer à une même vitesse.
Lindépendance institutionnelle et financière est nécessaire
pour développer des formations centrées sur les besoins des médecins
et des usagers.
À notre sens, la souplesse, ladaptabilité, la convivialité,
la proximité et lindépendance sont des qualités que
seul le mouvement associatif permet de réunir. Le mouvement associatif
nest sans doute pas le seul à permettre l'organisation de formations
et aux médecins de se réunir. Mais il est le seul à rassembler
tous ces atouts.