BIBLIOMED
Les Analyses
du Centre de Documentation
de l'UNAFORMEC

 

 

 

 

Quelle stratégie de traitement dans le DNID à la lumière de l'UKDPS?
 
L'étude UKDPS a confirmé l'importance d'obtenir un objectif glycémique le plus bas possible dans le DNID pour réduire les complications microvasculaires, et peut-être les complications cardio-vasculaires. Les antidiabétiques oraux avaient été mis en cause par l'UGDP [1] en 1970: l'étude montrait un accroissement de la mortalité cardiovasculaire chez les patients traités par un sulfamide hypoglycémiant, et de la mortalité totale et cardio vasculaire pour le groupe traité par un biguanide. L'étude principale de l'UKDPS [2] ne confirmait pas ces données et montrait globalement un bénéfice équivalent des sulfamides hypoglycémiants et de l'insuline, mais cette étude ne séparait pas les patients avec surpoids des autres et n'abordait pas les biguanides. Une analyse complémentaire de l'UKPDS a considéré spécifiquement l'effet de la metformine [3] soit seule, soit en complément des sulfamides.
L'étude a porté sur les 1704 patients présentant un surpoids (120% du poids idéal et plus) parmi les 4075 de l'étude. Pour ces patients, le protocole de randomisation a prévu un groupe supplémentaire de traitement intensif avec utilisation de la metformine ; 342 patients ont ainsi été inclus dans le groupe metformine et suivis en moyenne 10,7 ans.
Une autre analyse a porté sur 537 patients (en surpoids ou non) du groupe intensif déjà traités par une dose maximale de sulfamide. Ces patients ont été soumis à une randomisation supplémentaire qui leur a attribué soit l'addition de metformine, soit la poursuite du traitement par sul-famide seul.
Par rapport au groupe conventionnel (décrit dans Bibliomed n°121), les patients en surpoids traités par metformine seule ont un meilleur contrôle glycémique (HbA1c à 7,4% versus 8%). En termes de complications, on observe une réduction de 32% (p=0,002) de tous les événements liés au diabète, de 42% (p=0,017) de la mortalité
liée au diabète, de 36% (p=0,0011) de la mortalité de toutes causes et de 30% (p=0,020) des événements cardio-vasculaires, de 39% (p=0,010) des infarctus du myocarde.
La comparaison entre le groupe intensif metformine et les autres groupes intensifs, montre le même bénéfice glycémique, mais une différence significative en faveur de la metformine portant sur la réduction des événements liés au diabète (p=0,0034), de la mortalité de toutes causes (p=0,021), du risque d'AVC (p=0,032) mais non de tous les événements cardiovasculaires réunis. En outre, les patients sous metformine prennent moins de poids et ont une insulinémie moins élevée.
Les résultats concernant l'addition de metformine aux sulfamides sont différents: ils montrent un accroissement significatif de la mortalité liée au diabète et de la mortalité toute cause dans le groupe metformine. Une analyse complémentaire semble mettre en doute ces données établies sur de petits effectifs.
Que retiennent les auteurs de ces données ?
La première notion est l'intérêt, chez les patients avec surpoids, de la prescription de metformine en première intention si le régime est insuffisant: l'amélioration glycémique est la même qu'avec sulfamides hypoglycémiants ou insuline, mais il n'y a pas de prise de poids, ni d'hypoglycémies; et le bénéfice sur la réduction des complications microvasculaires mais aussi macrovasculaires semble établi par l'étude.
Chez les patients sans surpoids, l'étude ne permet pas d'affirmer l'utilité de la metformine en première intention. Les auteurs semblent cependant considérer que l'usage n'est pas illicite.
Pour ce qui est de l'association metformine-sulfamide hypoglycémiant, les auteurs pensent que des études complémentaires sont nécessaires.
Quelle surveillance adopter? dans l'étude, surveillance glycémique et dosage de l'HbA1c semblent confondus. La recommandation canadienne de 1998 préconise l'autocontrôle glycémique par le patient, l'HbA1c étant un bon moyen de supervision pour le médecin, tous les 3 à 6 mois.[4]
Il reste à établir une stratégie plus globale: l'étude UKDPS a montré que la normalisation de l'HTA est au moins aussi importante que la normalisation glycémique pour le devenir des diabétiques.
Le prochain Bibliomed fera le point sur cet aspect.
 
1- Noiry JP, Boissel JP. A quoi servent les antidiabétiques oraux? La Revue Prescrire. 1996;16(164):541-7
2 - UKPDS Group. Intensive blood-glucose with sulphonyruleas or insulin compared with conventional treatment and risk of complications in patients with type 2 diabetes (UKPDS 33) Lancet 1998;352:837-53
3- UKPDS group. Effect of intensive blood-glucose control with metformine or complications in overweight patients with type 2 diabetes. UKPDS 34. Lancet 1998;352 :854-65
4- Meltzer S and al.1998 clinical practice guidelines for the management of diabetes in Canada.. CAMJ 1998;159 (8 suppl)
 
Mots-clé: diabète, DNID, traitement, stratégie
 
Numéro 122 du 19 novembre 1998
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