RAPPORT MORAL
Assemblée Générale Ordinaire de l’UnaformeC
Samedi 05 juin 2004

Contexte général
Nous traversons tous une époque difficile, où les repères d’hier sont profondément remis en cause, et où ceux de demain ne sont pas encore déterminés. Notre société change, sans encore savoir dans quel but, ni pour quel avenir. Il est logique que dans ce contexte instable bien des professionnels de santé s’interrogent sur leur métier, la façon de l’exercer, leur rôle dans la société et leur devenir.
On voit ainsi une nouvelle génération de médecins à la recherche d’un nouveau cadre de référence : ils rejettent globalement les valeurs et les engagements de leurs aînés, ne supportant plus les contraintes et se demandant quel peut bien être leur but dans la vie. Face à cette rupture entre générations, l’UnaformeC doit apporter des réponses claires et motivantes, adaptées à notre métier et capables d’anticiper les évolutions sociétales.
Depuis quelques années, les contraintes environnementales ont considérablement augmenté que ce soit via la loi des droits des malades, l’élaboration de référentiels divers (ANAES, AFSSAPS, AcBUS, RPC, etc.), ou l’instauration de l’évaluation des pratiques professionnelles. Simultanément, les problèmes démographiques et la féminisation de la profession ont aggravé certains déséquilibres sur le territoire, alors que dans le même temps notre société prône la liberté individuelle et le rejet de toute contrainte.
Cette situation paradoxale explique en grande partie les difficultés rencontrées actuellement par la permanence des soins que tout le monde veut maintenir, sans pour autant en payer le prix, tout en développant le concept surprenant de volontariat !
Notre Conseil d’Administration va analyser et approuver un texte baptisé « UnaformeC 2004/2007 », qui présente les grandes lignes du projet UnaformeC pour les années à venir. Avant de définir un plan d’action, ce texte décrit le cadre de référence de notre union nationale, que je souhaite également rappeler à travers ses valeurs, ses missions, ses contraintes et ses buts.
Je pense en effet que ce cadre de référence garde toute sa pertinence et son actualité dans ce contexte général, qu’il donne sens à nos actions, et qu’il peut servir de base structurante en fournissant des repères à nos confrères déstabilisés par les évolutions récentes de notre société.


Le cadre de référence de l’UnaformeC
Les valeurs défendues par l’UnaformeC

L’UnaformeC défend depuis toujours l’indépendance scientifique et l’indépendance financière de la FMC. L’indépendance totale étant utopique, les dirigeants de l’UnaformeC ont toujours privilégié des partenariats multiples, publics et privés, tout en conservant jalousement notre indépendance vis-à-vis des uns et des autres (lire à ce sujet la charte de qualité qui est incluse in extenso dans tous nos contrats de partenariats). Car, quel que soit le partenaire, les tentations d’influencer le contenu de la FMC sont grandes, et pas toujours dans le but d’améliorer la qualité des soins…
Selon les années et les circonstances, le ratio des budgets public/privé varie : ainsi, l’année passée, peu favorable aux engagements financiers des industriels en FMC, les partenariats privés n’ont représenté que 10% de notre budget total.
La deuxième grande valeur sur laquelle s’appuient les actions de l’UnaformeC est la qualité, qu’elle concerne le contenu scientifique ou sa mise en œuvre pédagogique, bien avant que la démarche qualité ne soit dans toutes les bouches. Anticipant les difficultés potentielles du CNFMC à accréditer toutes les structures locales de FMC, et surtout les difficultés de ces dernières à respecter un cahier des charges contraignant, nous avons construit avec des membres du réseau un ensemble d’outils permettant de garantir le respect des procédures par les associations : c’est la DAQ ou Démarche d’Assurance Qualité.
La dernière valeur que défend l’UnaformeC est la pertinence, c’est-à-dire la bonne adéquation entre la FMC et les besoins concrets du professionnel concerné : c’est une valeur qui reste toujours à défendre, bien des organisateurs ou prétendus tels se targuant de mieux connaître les besoins des utilisateurs que ceux-ci. Dans ce domaine, il faut souligner que tous nos partenaires reconnaissent que le fait que nos responsables d’actions, nos auteurs de documents et rédacteurs d’articles, nos participants aux différents groupes de travail, soient en majorité des médecins en exercice, et non pas des technocrates de la FMC, garde une très grande pertinence à nos interventions.
Nous avons toujours prôné la prise en compte des objectifs de santé publique, tout en préservant et en affirmant la nécessaire réponse aux besoins individuels de chaque médecin : c’est ainsi que nous avons conçu les Bilans Professionnels Personnalisés (BPP) qui sont aujourd’hui unanimement reconnus par la profession, y compris l’ANAES.


Les missions de l’UnaformeC

Les missions ont évolué, dans la mesure où nombre d’entre elles ont déjà été remplies : par exemple, il était légitime en 1978 de prévoir de nombreuses formations de cadres associatifs et d’apprentissages à la pédagogie, étant donnés les nombreux besoins en ces domaines. Même si ces formations sont toujours d’actualité en ce début de XXIe siècle, en raison du renouvellement permanent des responsables, il est nécessaire de redéfinir les rapports au sein du réseau UnaformeC, dans la mesure où bien des compétences complémentaires se sont développées chez les uns et les autres. C’est un des objectifs principaux du texte « UnaformeC 2004/2007 » que va analyser et compléter le Conseil d’Administration qui suit.
Par ailleurs, en plus du développement de la FMC et de ses outils, de la maturation du réseau, notre Union Nationale doit également se préoccuper du développement personnel de chacun, dans la mesure où cette dimension joue un rôle majeur dans la qualité des soins dispensés. J’ai noté avec satisfaction que l’Académie de Médecine elle-même a fait une enquête il y a quelques semaines intitulée « Changer la vie des médecins pour changer la qualité de la médecine ». C’est pourquoi il y a plusieurs années, nous avons décidé avec Roger Picot d’inscrire au catalogue d’Agora des formations axées sur l’épanouissement personnel, une façon efficace pour apporter à nos jeunes (et moins jeunes) confrères des pistes pour construire un nouveau cadre de référence adapté au monde actuel.
Les contraintes de l’UnaformeC
Etre libre et indépendant signifie souvent devenir l’ennemi à abattre, et être contourné par tous, tout en étant incontournable : c’est notre lot depuis 25 ans ! Car nous continuons à défendre la FMC pour l’amélioration de la qualité des soins, et non au service de quelqu’autre motif que ce soit (corporatisme, prise de pouvoir, maîtrise du corps médical, objectifs d’économie de santé).
L’application de la loi et la mise en place des CNFMC va nous amener à plus de transparence : la loi étant opposable aux individus, il est de la plus grande importance d’organiser cette transparence au sein de notre réseau, tout en définissant clairement le rôle de chaque niveau (local, départemental, régional et national). Là encore, notre Conseil d’Administration va rédiger des propositions concrètes à mettre en œuvre dans les prochaines années.


Les buts de l’UnaformeC

L’objectif général reste le développement d’une FMC de qualité, au service des attentes légitimes des membres du réseau, que ce soit des associations constituées ou des individus isolés. Cet objectif se décline de multiples façons (voir le projet 2004/2007), et je n’en citerai que deux qui me semblent particulièrement répondre à des préoccupations actuelles :
- le développement de partenariats intelligents avec les patients acteurs de la santé
- la contribution à la redéfinition des métiers, et plus encore l’amélioration des complémentarités entre les différents intervenants au sein du système de santé.
Par ailleurs, la décision prise il y a une dizaine d’années d’améliorer notre image institutionnelle et d’intervenir partout où cela est utile à nos objectifs, nous a amenés aujourd’hui à siéger dans la plupart des instances décisionnelles (ANAES, AFSSAPS, FOPIM, CNFMC). Il est très important de poursuivre ce travail constructif d’actions directes sur notre environnement.

L’avenir de l’UnaformeC au regard de son expérience passée
Au sein de notre cadre de référence, comment répondre concrètement aux interrogations actuelles sur l’avenir de notre métier ? L’UnaformeC a un rôle majeur à jouer dans ce monde qui prône particulièrement l’évaluation et le développement de la qualité en santé.


L’UnaformeC et l’évaluation
Historiquement, l’UnaformeC s’est toujours préoccupée de répondre aux besoins des praticiens : c’est dans nos rangs que se sont élevées les premières voix réclamant un cursus universitaire complet dédié à la médecine générale. C’est encore dans nos rangs que l’exigence de participation active des généralistes, comme de tout praticien quelle que soit sa spécialité et quel que soit son mode d’exercice, s’est faite jour et s’est imposée peu à peu dans notre environnement professionnel.
L’aboutissement de cette réflexion générale d’adaptation étroite du contenu de la FMC aux besoins de chacun a logiquement abouti à la création d’un outil reconnu par les professionnels et les institutions : le Bilan Professionnel Personnalisé ou BPP, en passe de devenir une des méthodes officielles d’évaluation des pratiques.
En ce début de siècle, il est devenu commun de prôner l’évaluation et la qualité. Je veux rappeler ici le rôle majeur qu’a rempli notre structure dans le développement de l’évaluation en santé en France : c’est suite à un rapport ministériel écrit et remis par Jean-François Armogathe, Président de l’UnaformeC, qu’est née l’ANDEM, devenue ensuite l’ANAES.
Notre implication de longue date dans l’évaluation en santé s’est concrétisée ces dernières années par l’implication délibérée et volontaire de nombreux membres de notre réseau en tant que médecins habilités au service de l’ANAES et des URML pour mettre en œuvre l’Evaluation des Pratiques Professionnelles (EPP) sur le territoire.
Depuis sa création, notre Société Savante est régulièrement sollicitée pour participer aux groupes de travail de l’ANAES et à l’écriture des recommandations scientifiques.
Et pour l’avenir ? Sur un plan institutionnel, Eric Drahi est un des membres actifs de la commission du CNFMC des médecins libéraux qui écrit le cahier des charges des organismes qui se destinent à l’évaluation des pratiques. Et, de façon contractuelle et officielle, l’ANAES et l’UnaformeC vont signer prochainement une convention de partenariat. Nous avons encore beaucoup à apporter à la profession en matière de mise en œuvre et d’utilisation de l’évaluation en santé. Par ailleurs, je rencontre ce mois-ci la section « compétence et qualification » du Conseil National de l’Ordre dans le but d’une reconnaissance officielle de notre Société Savante.


L’UnaformeC et la qualité
Tout le monde parle de qualité, sans toujours savoir quels sont les moyens de favoriser cette dernière. Depuis 25 ans, l’UnaformeC milite pour une FMC de qualité, afin de favoriser des soins de qualité.
La maison a importé et adapté les méthodes pédagogiques adaptées aux professionnels en exercice dans le monde médical : nous avons œuvré pendant un quart de siècle à la diffusion de tous les outils favorisant une mise en œuvre satisfaisante de la formation médicale continue (animation de groupes, détermination des objectifs, méthodes et moyens pédagogiques, etc.).
Ce travail de longue haleine, qui se poursuit aujourd’hui en raison du renouvellement du réseau, à travers un programme très structuré présenté au sein de notre école Agora Formation, a permis d’élaborer depuis trois ans dans nos rangs, un nouvel outil qui devrait favoriser le développement de la qualité dans le monde associatif. C’est la Démarche d’Assurance Qualité, ou DAQ, outil unique en son genre, permettant à toute structure de FMC de s’évaluer, de mettre à jour ses déficiences et de décider d’y remédier si nécessaire pour améliorer ses productions.
Cette approche pragmatique de la qualité en FMC risque d’être indispensable à la profession : en effet, la loi actuelle sur les organismes de formation est très exigeante, et il est inconcevable, quelle que soit la volonté du CNFMC, d’y déroger pour attribuer les agréments prévus par la loi sur la FMC. Il est donc probable qu’un mécanisme d’attribution d’agrément à des fédérations pourra bénéficier à un réseau d’adhérents, moyennant le respect d’une procédure de qualité identifiée et vérifiable.
La qualité, c’est aussi l’élaboration et le respect de règles internes concernant la production : depuis quelques années, avec les responsables du Centre de Documentation et ceux de l’école Agora, mais aussi avec les différents chargés de projets, nous avons fait un effort permanent pour améliorer la qualité de nos produits.
La figure de proue en est bien sûr Bibliomed, salué unanimement par ses nombreux lecteurs (bien plus nombreux que ses abonnés…), mais je peux vous assurer que le même soin méthodologique est appliqué à l’élaboration de nos différentes productions (dossiers de formation en réponse aux différents appels d’offres, fiches de FMC par correspondance ou Journal Faxé).
A ce sujet, il est évident que dans nos rangs se développent différents concepts attachés notamment à l’expertise généraliste. Une fois de plus, l’UnaformeC doit contribuer au développement de cette réflexion et à sa diffusion dans notre environnement.
Il est probable que la revue Pmt renaisse une nouvelle fois de ses cendres, et dans ce cas, l’UnaformeC devra y jouer un rôle important tant dans le contenu que dans l’approche du fait médical.


En conclusion

L’avenir de la FMC, et donc de l’UnaformeC, passe par le développement de quelques concepts pour attirer les jeunes confrères et préserver le militantisme et l’engagement de leurs aînés :
- la qualité des soins doit tenir compte de la qualité de vie des médecins,
- la liberté du professionnel se développe avec ses compétences,
- dans un monde qui prône la qualité et l’évaluation, la FMC est une pièce majeure pour garder la maîtrise de son métier et de son environnement.
L’UnaformeC est un réseau d’associations de proximité qui remplit son rôle social : rompre l’isolement des professionnels et décloisonner les modes d’exercice. Les choix récents de l’UnaformeC (BPP et DAQ) confirment sa capacité à anticiper les évolutions du métier et de l’environnement. C’est le seul réseau indépendant de toute influence politique ou syndicale. Sa structuration en regroupements régionaux gagne en pertinence à l’heure de la régionalisation du système de santé, et il est de notre devoir de préserver ces fédérations en définissant au mieux leur rôle au sein de notre réseau.
L’évolution constante de notre environnement va peut être nous amener à abandonner la FMC pour lui préférer le terme de DPC : Développement Professionnel Continu, tant notre champ d’intervention s’étend de plus en plus au-delà de l’acception stricte du terme ‘formation’.
Quel que soit le terme, j’ai souhaité rappeler brièvement notre cadre de référence, et les grandes lignes à suivre pour que l’UnaformeC continue à être ce lieu où se construit notre avenir avec l’ambition de la qualité, pour les médecins et pour leurs patients.


Dr Philippe BONET
Président de l’UnaformeC