Contexte
général
Nous traversons tous une époque difficile, où les repères
d’hier sont profondément remis en cause, et où ceux de
demain ne sont pas encore déterminés. Notre société change,
sans encore savoir dans quel but, ni pour quel avenir. Il est logique que dans
ce contexte instable bien des professionnels de santé s’interrogent
sur leur métier, la façon de l’exercer, leur rôle
dans la société et leur devenir.
On voit ainsi une nouvelle génération de médecins à la
recherche d’un nouveau cadre de référence : ils rejettent
globalement les valeurs et les engagements de leurs aînés, ne
supportant plus les contraintes et se demandant quel peut bien être leur
but dans la vie. Face à cette rupture entre générations,
l’UnaformeC doit apporter des réponses claires et motivantes,
adaptées à notre métier et capables d’anticiper
les évolutions sociétales.
Depuis quelques années, les contraintes environnementales ont considérablement
augmenté que ce soit via la loi des droits des malades, l’élaboration
de référentiels divers (ANAES, AFSSAPS, AcBUS, RPC, etc.), ou
l’instauration de l’évaluation des pratiques professionnelles.
Simultanément, les problèmes démographiques et la féminisation
de la profession ont aggravé certains déséquilibres sur
le territoire, alors que dans le même temps notre société prône
la liberté individuelle et le rejet de toute contrainte.
Cette situation paradoxale explique en grande partie les difficultés
rencontrées actuellement par la permanence des soins que tout le monde
veut maintenir, sans pour autant en payer le prix, tout en développant
le concept surprenant de volontariat !
Notre Conseil d’Administration va analyser et approuver un texte baptisé « UnaformeC
2004/2007 », qui présente les grandes lignes du projet UnaformeC
pour les années à venir. Avant de définir un plan d’action,
ce texte décrit le cadre de référence de notre union nationale,
que je souhaite également rappeler à travers ses valeurs, ses
missions, ses contraintes et ses buts.
Je pense en effet que ce cadre de référence garde toute sa pertinence
et son actualité dans ce contexte général, qu’il
donne sens à nos actions, et qu’il peut servir de base structurante
en fournissant des repères à nos confrères déstabilisés
par les évolutions récentes de notre société.
Le cadre de référence de l’UnaformeC
Les valeurs défendues par l’UnaformeC
L’UnaformeC défend depuis toujours l’indépendance
scientifique et l’indépendance financière de la FMC. L’indépendance
totale étant utopique, les dirigeants de l’UnaformeC ont toujours
privilégié des partenariats multiples, publics et privés,
tout en conservant jalousement notre indépendance vis-à-vis des
uns et des autres (lire à ce sujet la charte de qualité qui est
incluse in extenso dans tous nos contrats de partenariats). Car, quel que soit
le partenaire, les tentations d’influencer le contenu de la FMC sont
grandes, et pas toujours dans le but d’améliorer la qualité des
soins…
Selon les années et les circonstances, le ratio des budgets public/privé varie
: ainsi, l’année passée, peu favorable aux engagements
financiers des industriels en FMC, les partenariats privés n’ont
représenté que 10% de notre budget total.
La deuxième grande valeur sur laquelle s’appuient les actions
de l’UnaformeC est la qualité, qu’elle concerne le contenu
scientifique ou sa mise en œuvre pédagogique, bien avant que la
démarche qualité ne soit dans toutes les bouches. Anticipant
les difficultés potentielles du CNFMC à accréditer toutes
les structures locales de FMC, et surtout les difficultés de ces dernières à respecter
un cahier des charges contraignant, nous avons construit avec des membres du
réseau un ensemble d’outils permettant de garantir le respect
des procédures par les associations : c’est la DAQ ou Démarche
d’Assurance Qualité.
La dernière valeur que défend l’UnaformeC est la pertinence,
c’est-à-dire la bonne adéquation entre la FMC et les besoins
concrets du professionnel concerné : c’est une valeur qui reste
toujours à défendre, bien des organisateurs ou prétendus
tels se targuant de mieux connaître les besoins des utilisateurs que
ceux-ci. Dans ce domaine, il faut souligner que tous nos partenaires reconnaissent
que le fait que nos responsables d’actions, nos auteurs de documents
et rédacteurs d’articles, nos participants aux différents
groupes de travail, soient en majorité des médecins en exercice,
et non pas des technocrates de la FMC, garde une très grande pertinence à nos
interventions.
Nous avons toujours prôné la prise en compte des objectifs de
santé publique, tout en préservant et en affirmant la nécessaire
réponse aux besoins individuels de chaque médecin : c’est
ainsi que nous avons conçu les Bilans Professionnels Personnalisés
(BPP) qui sont aujourd’hui unanimement reconnus par la profession, y
compris l’ANAES.
Les missions de l’UnaformeC
Les missions ont évolué, dans la mesure où nombre d’entre
elles ont déjà été remplies : par exemple, il était
légitime en 1978 de prévoir de nombreuses formations de cadres
associatifs et d’apprentissages à la pédagogie, étant
donnés les nombreux besoins en ces domaines. Même si ces formations
sont toujours d’actualité en ce début de XXIe siècle,
en raison du renouvellement permanent des responsables, il est nécessaire
de redéfinir les rapports au sein du réseau UnaformeC, dans la
mesure où bien des compétences complémentaires se sont
développées chez les uns et les autres. C’est un des objectifs
principaux du texte « UnaformeC 2004/2007 » que va analyser et
compléter le Conseil d’Administration qui suit.
Par ailleurs, en plus du développement de la FMC et de ses outils, de
la maturation du réseau, notre Union Nationale doit également
se préoccuper du développement personnel de chacun, dans la mesure
où cette dimension joue un rôle majeur dans la qualité des
soins dispensés. J’ai noté avec satisfaction que l’Académie
de Médecine elle-même a fait une enquête il y a quelques
semaines intitulée « Changer la vie des médecins pour changer
la qualité de la médecine ». C’est pourquoi il y
a plusieurs années, nous avons décidé avec Roger Picot
d’inscrire au catalogue d’Agora des formations axées sur
l’épanouissement personnel, une façon efficace pour apporter à nos
jeunes (et moins jeunes) confrères des pistes pour construire un nouveau
cadre de référence adapté au monde actuel.
Les contraintes de l’UnaformeC
Etre libre et indépendant signifie souvent devenir l’ennemi à abattre,
et être contourné par tous, tout en étant incontournable
: c’est notre lot depuis 25 ans ! Car nous continuons à défendre
la FMC pour l’amélioration de la qualité des soins, et
non au service de quelqu’autre motif que ce soit (corporatisme, prise
de pouvoir, maîtrise du corps médical, objectifs d’économie
de santé).
L’application de la loi et la mise en place des CNFMC va nous amener à plus
de transparence : la loi étant opposable aux individus, il est de la
plus grande importance d’organiser cette transparence au sein de notre
réseau, tout en définissant clairement le rôle de chaque
niveau (local, départemental, régional et national). Là encore,
notre Conseil d’Administration va rédiger des propositions concrètes à mettre
en œuvre dans les prochaines années.
Les buts de l’UnaformeC
L’objectif général reste le développement d’une
FMC de qualité, au service des attentes légitimes des membres
du réseau, que ce soit des associations constituées ou des individus
isolés. Cet objectif se décline de multiples façons (voir
le projet 2004/2007), et je n’en citerai que deux qui me semblent particulièrement
répondre à des préoccupations actuelles :
- le développement de partenariats intelligents avec les patients acteurs
de la santé
- la contribution à la redéfinition des métiers, et plus
encore l’amélioration des complémentarités entre
les différents intervenants au sein du système de santé.
Par ailleurs, la décision prise il y a une dizaine d’années
d’améliorer notre image institutionnelle et d’intervenir
partout où cela est utile à nos objectifs, nous a amenés
aujourd’hui à siéger dans la plupart des instances décisionnelles
(ANAES, AFSSAPS, FOPIM, CNFMC). Il est très important de poursuivre
ce travail constructif d’actions directes sur notre environnement.
L’avenir de l’UnaformeC au regard de son expérience passée
Au sein de notre cadre de référence, comment répondre
concrètement aux interrogations actuelles sur l’avenir de notre
métier ? L’UnaformeC a un rôle majeur à jouer dans
ce monde qui prône particulièrement l’évaluation
et le développement de la qualité en santé.
L’UnaformeC et l’évaluation
Historiquement, l’UnaformeC s’est toujours préoccupée
de répondre aux besoins des praticiens : c’est dans nos rangs
que se sont élevées les premières voix réclamant
un cursus universitaire complet dédié à la médecine
générale. C’est encore dans nos rangs que l’exigence
de participation active des généralistes, comme de tout praticien
quelle que soit sa spécialité et quel que soit son mode d’exercice,
s’est faite jour et s’est imposée peu à peu dans
notre environnement professionnel.
L’aboutissement de cette réflexion générale d’adaptation étroite
du contenu de la FMC aux besoins de chacun a logiquement abouti à la
création d’un outil reconnu par les professionnels et les institutions
: le Bilan Professionnel Personnalisé ou BPP, en passe de devenir une
des méthodes officielles d’évaluation des pratiques.
En ce début de siècle, il est devenu commun de prôner l’évaluation
et la qualité. Je veux rappeler ici le rôle majeur qu’a
rempli notre structure dans le développement de l’évaluation
en santé en France : c’est suite à un rapport ministériel écrit
et remis par Jean-François Armogathe, Président de l’UnaformeC,
qu’est née l’ANDEM, devenue ensuite l’ANAES.
Notre implication de longue date dans l’évaluation en santé s’est
concrétisée ces dernières années par l’implication
délibérée et volontaire de nombreux membres de notre réseau
en tant que médecins habilités au service de l’ANAES et
des URML pour mettre en œuvre l’Evaluation des Pratiques Professionnelles
(EPP) sur le territoire.
Depuis sa création, notre Société Savante est régulièrement
sollicitée pour participer aux groupes de travail de l’ANAES et à l’écriture
des recommandations scientifiques.
Et pour l’avenir ? Sur un plan institutionnel, Eric Drahi est un des
membres actifs de la commission du CNFMC des médecins libéraux
qui écrit le cahier des charges des organismes qui se destinent à l’évaluation
des pratiques. Et, de façon contractuelle et officielle, l’ANAES
et l’UnaformeC vont signer prochainement une convention de partenariat.
Nous avons encore beaucoup à apporter à la profession en matière
de mise en œuvre et d’utilisation de l’évaluation en
santé. Par ailleurs, je rencontre ce mois-ci la section « compétence
et qualification » du Conseil National de l’Ordre dans le but d’une
reconnaissance officielle de notre Société Savante.
L’UnaformeC et la qualité
Tout le monde parle de qualité, sans toujours savoir quels sont les
moyens de favoriser cette dernière. Depuis 25 ans, l’UnaformeC
milite pour une FMC de qualité, afin de favoriser des soins de qualité.
La maison a importé et adapté les méthodes pédagogiques
adaptées aux professionnels en exercice dans le monde médical
: nous avons œuvré pendant un quart de siècle à la
diffusion de tous les outils favorisant une mise en œuvre satisfaisante
de la formation médicale continue (animation de groupes, détermination
des objectifs, méthodes et moyens pédagogiques, etc.).
Ce travail de longue haleine, qui se poursuit aujourd’hui en raison du
renouvellement du réseau, à travers un programme très
structuré présenté au sein de notre école Agora
Formation, a permis d’élaborer depuis trois ans dans nos rangs,
un nouvel outil qui devrait favoriser le développement de la qualité dans
le monde associatif. C’est la Démarche d’Assurance Qualité,
ou DAQ, outil unique en son genre, permettant à toute structure de FMC
de s’évaluer, de mettre à jour ses déficiences et
de décider d’y remédier si nécessaire pour améliorer
ses productions.
Cette approche pragmatique de la qualité en FMC risque d’être
indispensable à la profession : en effet, la loi actuelle sur les organismes
de formation est très exigeante, et il est inconcevable, quelle que
soit la volonté du CNFMC, d’y déroger pour attribuer les
agréments prévus par la loi sur la FMC. Il est donc probable
qu’un mécanisme d’attribution d’agrément à des
fédérations pourra bénéficier à un réseau
d’adhérents, moyennant le respect d’une procédure
de qualité identifiée et vérifiable.
La qualité, c’est aussi l’élaboration et le respect
de règles internes concernant la production : depuis quelques années,
avec les responsables du Centre de Documentation et ceux de l’école
Agora, mais aussi avec les différents chargés de projets, nous
avons fait un effort permanent pour améliorer la qualité de nos
produits.
La figure de proue en est bien sûr Bibliomed, salué unanimement
par ses nombreux lecteurs (bien plus nombreux que ses abonnés…),
mais je peux vous assurer que le même soin méthodologique est
appliqué à l’élaboration de nos différentes
productions (dossiers de formation en réponse aux différents
appels d’offres, fiches de FMC par correspondance ou Journal Faxé).
A ce sujet, il est évident que dans nos rangs se développent
différents concepts attachés notamment à l’expertise
généraliste. Une fois de plus, l’UnaformeC doit contribuer
au développement de cette réflexion et à sa diffusion
dans notre environnement.
Il est probable que la revue Pmt renaisse une nouvelle fois de ses cendres,
et dans ce cas, l’UnaformeC devra y jouer un rôle important tant
dans le contenu que dans l’approche du fait médical.
En conclusion
L’avenir de la FMC, et donc de l’UnaformeC, passe par le développement
de quelques concepts pour attirer les jeunes confrères et préserver
le militantisme et l’engagement de leurs aînés :
- la qualité des soins doit tenir compte de la qualité de vie
des médecins,
- la liberté du professionnel se développe avec ses compétences,
- dans un monde qui prône la qualité et l’évaluation,
la FMC est une pièce majeure pour garder la maîtrise de son métier
et de son environnement.
L’UnaformeC est un réseau d’associations de proximité qui
remplit son rôle social : rompre l’isolement des professionnels
et décloisonner les modes d’exercice. Les choix récents
de l’UnaformeC (BPP et DAQ) confirment sa capacité à anticiper
les évolutions du métier et de l’environnement. C’est
le seul réseau indépendant de toute influence politique ou syndicale.
Sa structuration en regroupements régionaux gagne en pertinence à l’heure
de la régionalisation du système de santé, et il est de
notre devoir de préserver ces fédérations en définissant
au mieux leur rôle au sein de notre réseau.
L’évolution constante de notre environnement va peut être
nous amener à abandonner la FMC pour lui préférer le terme
de DPC : Développement Professionnel Continu, tant notre champ d’intervention
s’étend de plus en plus au-delà de l’acception stricte
du terme ‘formation’.
Quel que soit le terme, j’ai souhaité rappeler brièvement
notre cadre de référence, et les grandes lignes à suivre
pour que l’UnaformeC continue à être ce lieu où se
construit notre avenir avec l’ambition de la qualité, pour les
médecins et pour leurs patients.
Dr Philippe BONET
Président de l’UnaformeC