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MIEUX
PRENDRE EN CHARGE LE PATIENT DEPRESSIF
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Sur le plan épidémiologique, la prévalence d’un état dépressif majeur (EDM) au cours de la vie, est en France, de 22% chez la femme et de 10% chez l’homme (ANAES). Parmi ces patients, seulement 20% sont traités selon les recommandations de bonne pratique médicale. Si l’ on considère également les 12 000 suicides annuels dans notre pays (dont la moitié sont en relation avec un EDM), on constate l’importance de cette pathologie et la carence de prise en charge de ces patients.
Sur le plan socio-économique, cette pathologie affecte essentiellement des patients ( à 70% ) de moins de 45 ans, dans la période de pleine activité professionnelle et familiale. Les implications sont donc considérables, tant sur le plan économique, que sur la vie des familles qui peuvent souffrir des années dans l’entourage d’un dépressif.
Sur le plan médical, les médecins généralistes sont le plus souvent les premiers consultés par ces patients. En effet la séméiologie d’appel n’est pas perçue comme « psychiatrique » par les patients, qui cherchent une cause médicale à leur fatigue, tristesse, troubles du sommeil , de l’appétit... De nombreuses somatisations digestives, cardiaques, etc , font consulter le généraliste en première intention. Celui-ci peut entendre la plainte psychique derrière ces symptômes, ou bien la percevoir de façon empathique ; mais il est dans l’obligation d’établir un diagnostic précis. Pour cela, la rigueur est nécessaire, à partir des critères diagnostics du DSM-IV : une tristesse passagère ou un état anxieux ne font pas un EDM.
Le médecin généraliste doit se former pour reconnaître les symptômes spécifiques de dépression parmi l’ensemble des plaintes du patient, tout en tenant compte de sa souffrance morale. Son rôle est également de discerner les pathologies nécessitant un recours au psychiatre, tels les états délirants ou les troubles graves de la personnalité. Le médecin doit apprendre à connaître ses propres limites de thérapeute, et doit travailler en réseau dans des cas spécifiques, comme les crises suicidaires, les dépressions de l’enfant ou de l’adolescent.
La thérapeutique et son évolution récente vers des produits plus maniables, permet au médecin généraliste d’être le premier prescripteur d’antidépresseurs, lorsque le diagnostic d’EDM a été posé avec certitude.
Il doit se former à la connaissance de ces produits, leur maniement, leur stratégie de prescription sur plusieurs mois, afin de se fixer des objectifs thérapeutiques précis et datés. Seule une démarche thérapeutique rigoureuse permet d’évaluer l’efficacité d’un traitement, ou bien la résistance, la rechute, la récidive, la chronicisation de la pathologie. Le traitement antidépresseur ne doit pas être un « à peu près » mais un traitement précis dont on sait à quel moment obtenir un effet positif ou constater un échec thérapeutique.
Les recommandations de bonne pratique médicale ont établi un effet synergique des psychothérapies associées au traitement médicamenteux. Le généraliste doit être capable d’informer le patient de façon claire sur les différents types de thérapie. Il peut bien évidemment être le premier thérapeute au sein d’une psychothérapie de soutien, lorsqu’il sait l’assumer. Une formation à l’écoute empathique, à la façon de mener un entretien de « soutien » pour un patient dépressif sont indispensables pour tout médecin généraliste qui prend en charge ce type de patients (c’est à dire tous les généralistes). Le simple bon sens ou la neutralité bienveillante sont insuffisants dans ce domaine. Il peut aussi inciter son patient à suivre une thérapie plus spécifique selon son histoire personnelle. Ici encore un travail coordonné est nécessaire avec des médecins psychiatres libéraux ou institutionnels.
Pour la prévention des actes suicidaires, le généraliste a un rôle majeur. Il est à même, au sein du colloque singulier, d’évaluer ce risque d’autant qu’il connaît l’environnement familial et professionnel du patient dépressif ainsi que certains événements déstabilisants de la vie de cette personne. Le médecin de première ligne qu’est le généraliste doit savoir dans certaines circonstances déclencher une hospitalisation urgente, ou même une hospitalisation à la demande d’un tiers (HDT).
En conclusion, la pathologie dépressive est d’une grande fréquence dans la population française. Le médecin généraliste est souvent le premier consulté et dispose des moyens thérapeutiques lui permettant de prendre en charge la plupart de ces patients. Sa formation doit lui permettre de poser un diagnostic précis, de fixer des objectifs thérapeutiques réalisables et d’assurer un soutien psychologique à ces personnes souffrantes.
1. POSER un diagnostic d’état dépressif majeur (EDM) selon les critères diagnostics du DSM-IV, par l’écoute empathique et par un interrogatoire adaptés du patient concerné.
2. ENUMERER tous les symptômes psychiques et somatiques permettant d’établir le diagnostic de dépression chez l’enfant, l’adolescent, l’adulte jeune et la personne âgée.
3. RECONNAITRE par l’association d’une sémiologie d’interrogatoire et d’examen clinique une dépression masquée et une dépression pauci-symptomatique.
4. ETABLIR par un interrogatoire adapté, dans un climat relationnel favorable, le diagnostic différentiel d’un état dépressif majeur et d’un état anxieux.
5. REPERER chez un patient déprimé les critères de gravité permettant d’évaluer le risque suicidaire.
6. NEGOCIER une hospitalisation en urgence d’après l’intensité de la séméiologie dépressive et l’importance du risque suicidaire.
7. FAIRE APPEL au référent spécialiste devant une sémiologie atypique d’EDM, ou en cas de récidive, de chronicité ou de résistance au traitement d’un EDM.
8. ENUMERER chacune des classes chimiques d’antidépresseurs.
9. CITER pour chacune des classes d’antidépresseurs : indications, durée de vie, posologie, effets secondaires et interactions médicamenteuses.
10. PRESCRIRE d’autres psychotropes en association : anxiolytiques et/ou somnifères, en fonction de situations cliniques particulières, et en fixant un objectif de durée à cette prescription.
11. ETABLIR une stratégie thérapeutique alliant traitement médicamenteux et traitement psychothérapique en fonction des symptômes présentés et de la personnalité du patient dépressif tout en respectant les règles de bonnes pratiques médicales et les RMO.
12. INCITER de façon claire et explicite le patient dépressif à suivre une psychothérapie adaptée à son état.
13. FIXER dans le temps des objectifs thérapeutiques précis pour évaluer l’efficacité des traitements entrepris.
14. GERER les problèmes administratifs et/ou médico-légaux ainsi que ceux posés par l’entourage familial et/ou professionnel du patient dépressif.