QUAND LA CREATININE S'ELEVE

J.M. CHALOPIN

Service de Néphrologie - Hémodialyse, C.H.U., 25000 Besançon

 

En plus de sa fonction d'épuration des déchets, du catabolisme azoté, le rein a de multiples fonctions : synthèse d'érythropoïétine, maintien de l'homéostasie phosphocalcique en particulier par son rôle dans la synthèse d'une vitamine D active, contrôle de la tension artérielle par le système rénine angiotensine et la régulation de la volémie, maintien de l'équilibre hydro-électrolytique et du pH.
La plupart du temps, toutes ces fonctions se dégradent parallèlement. Ce n'est cependant pas toujours le cas et l'on peut avoir un trouble phosphocalcique, une anomalie de l'équilibre acide-base, une hypertension évoluant de manière isolée, liés à un dysfonctionnement rénal. On ne parle pas dans ces cas- là d'insuffisance rénale. Ce terme est réservé aux seules atteintes de la fonction d'élimination des déchets.
La créatinine est une substance endogène, produit terminal du catabolisme musculaire, éliminée par voie urinaire exclusivement. Son taux sanguin est remarquablement fixe pour un individu donné. Le taux est directement lié au niveau de la fonction rénale sans cependant qu'il y ait de relation linéaire entre le taux de créatinine et la filtration rénale. La clairance de la créatinine (quantité de sang épurée de toute créatinine en une minute) est une mesure de la filtration rénale. La mesure de cette clairance nécessite théoriquement de recueillir les urines des 24 heures, mais en pratique clinique, il est légitime d'utiliser la clairance de la créatinine calculée. Il suffit en plus de la créatininémie de connaître le sexe, l'âge et le poids du patient.
Si la clairance de la créatinine calculée est supérieure à 80 ml/min., la fonction rénale peut être considérée comme normale, si elle est inférieure il y a insuffisance rénale, si elle est inférieure à 50 ml/mn, l'insuffisance rénale est sévère. Ces données doivent être pondérées par l'âge. Au-delà de 60 ans, la clairance n'est plus physiologiquement que de 60 ml/min et de 40 ml/mn au-delà de 70 ans.
Lorsque l'on trouve une clairance de la créatinine abaissée, il est indispensable d'en chercher la cause, il est aussi indispensable d'en tenir compte dans la pratique clinique que ce soit dans le diagnostic d'anomalies cliniques extrarénales ou dans la prescription d'examens ou de médicaments.
La découverte d'une insuffisance rénale impose un bilan minimum devant permettre de déterminer le type et l'étiologie de cette insuffisance rénale et de faire le bilan du retentissement :
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étude du sédiment urinaire (bandelette éventuellement complétée par une protéinurie des 24 heures et d'une cytologie urinaire avec examen bactériologique),
- ionogramme sanguin, taux des bicarbonates, protides totaux,
- échographie rénale précisant la taille et l'aspect des reins,
- taux d'hémoglobine, bilan phosphocalcique (Ca, Ph).
Ces éléments confrontés à la clinique :
- état tensionnel,
- antécédents médicaux et en particulier néphrologiques, personnels et familiaux,
- traitements médicamenteux, utilisation de produits de contraste iodé
permettent le plus souvent de définir le caractère aigu ou chronique de l'insuffisance rénale.
Cette distinction est d'importance : si l'insuffisance rénale est aiguë, il est urgent d'en connaître la cause car le traitement adapté peut, par définition, permettre une guérison complète. Si l'insuffisance rénale est chronique, elle doit être prise en charge de manière à ralentir voire arrêter l'évolution vers l'insuffisance rénale terminale (c'est- à- dire nécessitant une technique de suppléance : dialyse ou transplantation).

La plupart du temps les données cliniques et biologiques permettent de proposer une des trois causes suivantes à l'origine d'une insuffisance rénale aiguë :
- l'insuffisance rénale dite pré-rénale liée à des problèmes hémodynamiques (hypovolémie vraie ou fonctionnelle),
- l'insuffisance rénale post-rénale (obstacle avec retentissement rénal),
- l'insuffisance rénale liée à une atteinte rénale organique le plus souvent associée à d'autre anomalie rénale protéinurie, hématurie, leucocyturie, hypertension...
Un avis néphrologique est souvent utile dans les deux premiers cas, il est indispensable dans le dernier et il doit être précoce.
En cas d'insuffisance rénale chronique, il est souhaitable que, quel que soit son degré, un néphrologue soit consulté. Dès que cette insuffisance rénale est sévère, il est indispensable que la prise en charge du patient soit réalisée conjointement par le médecin-généraliste et le néphrologue
( Réseau ESPOIR).
En conclusion, toute insuffisance rénale définie comme une baisse de la clairance calculée nécessite un bilan et une réflexion minimum devant permettre d'en trouver la cause et/ou de définir une démarche médicale visant à protéger le parenchyme rénal restant.

 

Rencontres médicales comtoises,
Besançon, le 25 septembre 1999