La formation à la communication avec le patient, le développement des attitudes adaptées dans la relation avec le patient et son entourage nécessitent des méthodes de formation impliquant personnellement les participants. Les groupes Balint réalisent une analyse relativement « intellectuelle » ; les jeux de rôle impliquent plus affectivement avec leurs difficultés et limites ; ils ont été largement décrits dans le chapitre précédent. Le « théâtre Forum » emploie des méthodes du théâtre. Il a été évoqué dans le chapitre sur les nouvelles pratiques sanitaires et sociales. D’autres expériences utilisent le théâtre lui-même comme moyen de départ d’une réaction, d’une réflexion interactive sur le thème joué par les acteurs. Diverses expériences ont été rapportées ces dernières années, toutes autour des années 90, indépendamment les unes des autres semble-t-il.
Signalons en préambule deux études britanniques, l’une datant de 1991 [4], relatant l’utilisation du travail d’acteurs professionnels au cours d’un séminaire résidentiel de 5 jours consacré à la formation à la relation, l’écoute, le conseil non directif ; l’autre de 1995 [5], relatant une autre expérience de l’utilisation du théâtre dans une formation interactive à la communication au cours de la consultation, à partir de courtes scènes relatant l’évolution d’une relation difficile entre une patiente et son médecin
Signalons aussi un numéro très complet consacré à « Théâtre et médecine » par la revue Pratiques en 1995 [6], avec 15 textes sur les relations du théâtre et de la médecine, où notamment l’on « nous convie à une interpellation réciproque de la médecine et du théâtre pour mieux éclairer les questions que nous pose l’exercice de notre métier » (Chantal Masson). Cette utilisation de « l’outil théâtre » pour notre formation est explicitée à partir de diverses expériences, utilisant soit le théâtre lui-même comme point de départ d’une réflexion sur nos attitudes, soit des méthodes beaucoup plus interactives associant jeu d’acteurs professionnels, interactions du jeu des acteurs avec le public, improvisations des participants. Nous présenterons ici deux expériences : l’expérience bourguignonne au cours d’une formation consacrée au problème de la vérité et l’expérience de la SFTG.
Ce problème de la vérité a été abordé d’une façon originale, mettant en scène une troupe de comédiens amateurs qui ont joué des saynètes, sur des situations vécues par des médecins [7]. Ce travail se positionnait dans le domaine de la cancérologie (annonce du diagnostic, annonce d’un résultat opératoire, suivi d’un patient en phase terminale...). Trois séances initiales ont été réalisées par le Groupement des médecins du mâconnais et l’Association des médecins du Tournugeois, à Tournus, Mâcon, Tramayes en 1992, devant des publics médicaux ou mixtes avec d’autres professionnels de santé
Un groupe de comédiens amateurs, le groupe « Dommages et Intérêts », a élaboré des saynètes où l’on retrouve l’expérience et la compétence des médecins, l’authenticité et la spontanéité des acteurs. Les saynètes de 5 à 7 minutes sont entrecoupées de débats au sein de l’assemblée, animées par médecins et psychologues. Les saynètes enregistrées ont également été utilisées dans des séminaires sur le thème de la vérité au malade.
Il s’agit cependant d’une méthode lourde, en temps de préparation et réalisation. Il ne faut pas méconnaître également les difficultés de l’animation des discussions et échanges face à des situations très impliquantes, et pouvant de ce fait susciter des réactions de défense et de négation.
Le théâtre est un miroir déformant de notre activité quotidienne. Il peut et doit être, comme tout instrument de vérité, l’outil d’une formation « en profondeur », à la relation médecin-patient. C’est une utilisation dont nous avons compris l’intérêt concret à la SFTG (Société pour la Formation Thérapeutique du Généraliste). Nous réunissons avec régularité un atelier théâtre (une fois par mois), avec l’aide de comédiens et la présence de médecins, et parfois de non-médecins.
Objectifs : comprendre et dominer quelques situations répétitives, presque « naturelles » et spontanées, mais profondément théâtrales dans leur expression :
annoncer une mauvaise nouvelle,
dire « bonjour »,
apporter un refus,
négocier une situation difficile
se mettre en scène, mettre en scène l’autre, avec ses problèmes, ses difficultés et les solutions « médicales » que nous pouvons lui apporter ; il s’agit de distance (la bonne, la mauvaise, la trop courte ou la trop grande…)
le sens du "mot" prononcé au BON moment avec l’intonation et surtout la conscience de son utilité à cet instant précis...
Les Journées « Théâtre et Médecine » qu’organise la SFTG en Avignon depuis maintenant trois ans (tous les 14 juillet, durant le Festival de Théâtre), ont porté sur des thèmes généraux :
le médecin comédien malgré lui (1994)
le malade comédien malgré lui (1995)
le temps et la relation thérapeutique (1996)
avec chaque fois une mise en situation par les différentes facettes du théâtre, ses techniques, ses implications profondes dans nos personnalités conscientes et inconscientes.
Utilisant jeux de rôle, psychodrames, lieu de parole et « jeu » théâtral, l’initiative de la SFTG, encore expérimentale, se révèle porteuse d’éléments formateurs évidents pour ceux qui les vivent, utiles sûrement pour ceux auxquels ils s’adressent.
Ce travail permet d’aborder la relation médecin-malade, si peu ou si mal enseignée, dans ses aspects les plus complexes, par des méthodes multiples. Pas une recette mais des techniques. Ici, pas d’improvisation la spontanéité est calculée, pesée, évaluée. La relation s’apprend et se décline, parce que la meilleure volonté ne suffit pas toujours. La technique du théâtre peut nous aider à le comprendre. Elle peut nous aider aussi à mieux nous connaître pour mieux soigner.
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