L’information médicale est devenue pléthorique. Vers 1990, les 30 000 articles répertoriés dans la base de données de la National Library of Medicine, représentaient le tiers des publications mondiales. Le nombre des parutions double tous les 2 ou 3 ans [1]. Comment repérer dans une telle masse de données celles qui sont réellement utiles à la décision médicale, surtout en situation de soins primaires ? Les données « sources », celles des études originales, sont véhiculées par de nombreuses revues, pour leur majorité en langue anglaise. « Il est donc évident que les médecins ne pouvant s’informer directement à la source, doivent s’adresser à des "intermédiaires" qui eux ont accès aux rapports originaux, les trient, en font la synthèse et les présentent sous une forme (très) condensée ». Bibliomed fait partie de ces intermédiaires. Depuis 1996, il présente 40 fois par an une synthèse des données les plus récentes pouvant aider à la décision sur une question précise, particulièrement en pratique quotidienne de médecine générale.
La question s’est posée dès l’origine de l’Unaformec. L’information du généraliste ne peut se résumer aux quelques synthèses d’une presse médicale française pour l’essentiel « gratuite », c’est-à-dire totalement dépendante de l’industrie. La création d’un centre de documentation spécifique et indépendant a été un choix fondateur (qui se rappelle encore les liens initiaux entre Prescrire et ce centre ?). Le centre est abonné à 30 à 40 revues internationales de qualité, dont les « 4 grandes » : BMJ, Lancet, NEJM, et JAMA. Chaque semaine, ces revues sont dépouillées par la - trop - petite équipe de Bibliomed, les articles pertinents pour la médecine générale indexés dans la base de données, certains faisant l’objet de notes de lecture.
actuellement sous la forme que vous avez sous les yeux. L’analyse des données, de leur validité, de leur utilité et applicabilité au contexte de l’exercice quotidien, la réflexion sans compromis, mais sans dogmatisme, sur notre système de santé, l’indépendance totale de cette approche, sont les fils conducteurs de ce travail, qui demande une réflexion approfondie. Il nous semble, même s’il s’agit d’une utopie, que cette démarche est aujourd’hui plus que jamais indispensable à une discipline actuellement en pleine crise, mais dont la qualité est indispensable au fonctionnement du système tout entier [2].
Il faut se garder de deux naïvetés : d’une part, il n’y a pas de « bonne information » ; d’autre part, il ne suffit pas de diffuser une « bonne information » pour obtenir de « bonnes pratiques » [3]. L’existence de conflits d’intérêts, qu’ils soient financiers ou intellectuels, est inhérente à l’information médicale [4]. Les choix des auteurs de Bibliomed sont évidemment subjectifs : qui peut s’arroger de définir dans l’information du jour celle qui est la plus importante ? Cependant, leur objectif – dans la droite ligne de ceux des pionniers de la FMC – est de fournir à ceux qui s’y intéressent un outil utile à la fois à la formation permanente et à la pratique professionnelle (faut-il ajouter à son évaluation ?) avec pour seule ambition une amélioration de la qualité des soins rendus à la population. Une mise en forme « modélisée ». Depuis le premier numéro (le seul dont nous n’avons plus trace !), Bibliomed se présente sous une seule page (A4, maintenant presque totalement « web ») parce que facile à lire « rapidement » dans un contexte professionnel toujours tendu. Plusieurs numéros sont parfois nécessaires pour répondre à diverses questions qui se posent sur un sujet, ce qui a fait l’objet de la publication d’un volume [5], et maintenant de dossiers mensuels dans Médecine. Nous ne prétendons pas à l’exhaustivité, mais l’ensemble, en perpétuelle reconstruction, est bien le « corpus » scientifique de notre métier.
L’information médicale est soumise à de nombreux biais, inévitables. C’est à la profession qu’il appartient de faire les choix nécessaires, d’évaluer la qualité des parutions, de sélectionner et faire la synthèse de l’utile et du faisable, mettre en évidence les zones d’ombre et de doute… Bibliomed n’a pas les objectifs d’autres synthèses, telles les recommandations. Il se veut, au quotidien, rapporter les données factuelles utiles à la lumière d’une expertise généraliste. Si l’écriture, qui nécessite de nombreuses heures, voire journées de travail, est au départ celle d’un auteur, l’existence d’un comité de lecture assure une réelle expertise collective. Rappelons que cette expertise repose sur deux exigences : la contribution financière des lecteurs est nécessaire à l’indépendance de Bibliomed, l’engagement volontaire de nouveaux auteurs à sa pérennité : l’élaboration de tels outils est à la fois « course d’endurance » et « passage de relais ».
[1] Boissel JP. Peut-on réduire les écarts constatés entre données actuelles de la science et pratiques ? Médecine. 2005 ;1:52-3.
[2] Vallée JP. L’information des médecins généralistes sur le médicament. Médecine. 2007 ;3:436-7.
[3] Bras PL, Ricordeau P, Roussille B, Saintoyant V. L’information des médecins généralistes sur le médicament. Rapport de l’IGAS. Septembre 2007.
[4] Gallois P. et al. Conflits d’intérêts : nous sommes tous concernés. Médecine. 2006 ;2:456- 61. 2008 ;371:1547-9.
[5] Charpentier JM et al. Des données pour décider en médecine générale. Paris : Masson ; 2001.
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