La seule possibilité de préserver l’indépendance de l’information médicale est de reconnaître qu’elle ne peut exister sans que ne soient sous-jacents des intérêts forts, le cas échéant présenter des données contradictoires. Les grandes revues anglo-saxonnes n’hésitent pas à aborder ces questions et la déclaration de possibles conflits d’intérêts financiers y est systématique. Il ne s’agit pas de positions extrémistes, mais simplement d’information nécessaire à l’analyse critique, en amont de tout « conflit ».
Le tout récent guide publié par la HAs a pour titre : « guide des déclarations d’intérêts et de prévention des conflits » [1], ce qui pose effectivement cette question, au moins pour ceux qui ont à participer à un titre ou un autre aux travaux de cet organisme.
Pour ce qui nous concerne, l’objectif est bien, depuis l’origine, l’indépendance et l’impartialité de la formation, c’est-à-dire, plus simplement, de connaître, en toute transparence, les intérêts des intervenants pour le sujet traité. Nous avons publié dans Médecine fin 2006 et 2007 un dossier sur ce sujet, notamment à partir de différents Bibliomed (91 du 12 février 1998, 263 du 25 avril 2002, 264 du 2 mai 2002, 292 du 6 février 2003). Ces documents sont cités en références [2], [3], [4], [5] et tous accessibles gratuitement et intégralement sur le site de la revue, à l’adresse www.revue-medecine.com.
Quelques points essentiels
Les conflits d’intérêt ne sont pas seulement d’ordre financier. Travailler de façon privilégiée sur un thème ou une méthode donnée conduit inévitablement à privilégier ce thème ou cette méthode.
Les conflits d’intérêt sont omniprésents mais notre conditionnement dès le début de nos études, avec les multiples dons et sponsorisations reçues de l’industrie dès l’internat, nous conduit à les minimiser, si ce n’est à les nier.
Des conflits d’intérêt peuvent être évoqués devant certaines positions contradictoires dans la présentation des résultats d’études et essais thérapeutiques ;
La déclaration des conflits d’intérêt n’a rien d’infamant ou de stigmatisant. Elle permet seulement au lecteur de comprendre certaines positions, et d’exercer son analyse critique.
La FMC doit rester une responsabilité de la profession. La responsabilité professionnelle doit s’exercer à toutes les étapes. La définition du thème et des objectifs, le choix des méthodes et moyens utilisés, le choix et la rémunération des experts doivent être indépendants des financements extérieurs quand ils ne peuvent être évités.
L’ensemble de ces principes concerne toutes les étapes de la formation. Ils s’appliquent à tous les outils de formation : formation écrite, formation orale ou informatique, formation par l’action, et à tous les modes de formation, individuels ou collectifs. Ils concernent au premier chef les organisateurs de FMC, les responsables d’associations. Ils doivent faire l’objet d’un contrat écrit et signé par les partenaires de la formation.
Leur mise en oeuvre implique que les responsables des structures de FMC soient sensibilisés à l’animation et à la pédagogie, à l’analyse critique de l’information, à l’évaluation des stratégies, à l’approche décisionnelle, à la santé publique et à l’économie de la santé. Il est de la responsabilité de l’UNAFORMEC comme des autres groupements nationaux ou régionaux de FMC, de les mettre en oeuvre à tous les niveaux.
Il paraît essentiel, « dans la vraie vie », de simplifier au maximum les « procédures » rendues indispensables dans les différentes structures officielles (rappelons que chaque intervention au cours d’un séminaire de FPC doit faire l’objet d’une déclaration de conflits d’intérêts de tous les intervenants sur le formulaire ad hoc de l’OGC…).
Il semble que pour la FMC « habituelle », dans le cadre de la démarche qualité que nous mettons progressivement en place, deux points soient l’essentiel de la déclaration d’intérêt dont il est question :
Un « CV » simplifié de l’intervenant, indiquant ses activités et/ou centres d’intérêts en rapport avec l’intervention ;
Une déclaration de la perception ou non de rémunérations privées (précisément : issues de l’industrie biomédicale) en rapport avec l’intervention.
Avec ces deux éléments, nous aurions déjà fait un grand pas vers la transparence, sans aucune forme de stigmatisation ou d’irrespect vis-à-vis de quiconque.
[1] HAs. Guide des déclarations d’intérêts et de prévention des conflits. Mars 2007. Sur www.has-sante.fr
[2] La rédaction de Médecine. Information médicale et conflits d’intérêts : un duo infernal ? Médecine. 2006 ;10:436-7
[3] Gallois P, Charpentier JM, Vallée JP, Le Noc Y. Conflits d’intérêts : nous sommes tous concernés. Médecine. 2006 ;10:456-61.
[4] Boissel JP. Conflits d’intérêts (1) : pas seulement financiers. Médecine. 2006 ;10:468-71.
[5] Boissel JP. Conflits d’intérêts (2) : acteurs et processus. Médecine. 2007 ;1:34-7.
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